Le facteur humain
Quelle est la cause de cette crise et comment a-t-elle commencé ? L'explosion de la population humaine est sans doute un facteur essentiel. Il ne nous a pas fallu longtemps, en temps géologique, pour nous assurer la domination sur les autres mammifères. Depuis que nous sommes devenus des chasseurs adroits et des accumulateurs de nourriture, nous avons délibérément utilisé les mammifères comme source de nourriture, de lait, de vêtements, de chaussures, d'armes, d'outils et d'huile. Et au cours du dernier millénaire, nous avons conquis tous les coins et recoins de la planète.
Nous commandons la terre avec nos sociétés hautement organisées, nos moyens de transport et de communication incroyablement sophistiquées, notre armement et nos modes toujours plus exigeants d'agriculture et des exploitations des océans.
En même temps, le nombre d'humains a considérablement augmenté. Nous constituons maintenant la menace majeure pour la plus grande partie des formes de vie et la cause de l'appauvrissement biotique.
Un facteur clé a été la transformation d'armes rudimentaires en machines à tuer aussi efficaces qu'effrayantes. Autrefois, les chasseurs se servaient de bâtons et de cailloux, puis vinrent les frondes et les lances. Les armes furent ensuite des arcs et des flèches et enfin des armes à feu qui se sont perfectionnées depuis le mousquet à un coup jusqu'au canon lance harpon et aux fusils automatiques à tir rapide.
Les transports se sont développés de la même façon. D'abord les pieds, puis le chevauchement des bêtes de somme, la conduite des bateaux à voiles et des chariots, puis les trains, les avions, les navires et les voitures fonctionnant au pétrole.
Le terrible impact de ces perfectionnements sur la vie sauvage peut être mis en évidence par des exemples précis. Ainsi, des archéologues travaillant sur des « dépôts d'ossements » datant de la fin du Pléistocène (il y a de 100.000 à 10.000 ans) ont trouvé la preuve que les peuplades préhistoriques, en dépit de leur petite taille et de leurs armes rudimentaires, étaient capables de se rassembler pour abattre en grand nombre les mammifères de grande taille de cette ère. Des squelettes avec des pointes de flèches ou des têtes de javelots ont été mis à jour.
Chaque fois que des hommes arrivaient sur une terre nouvelle, il s'ensuivait une vague de disparition. C'est ainsi que peu après la traversée du détroit de Béring vers l'Amérique du Nord, il y a de 10.000 à 15.000 ans, à la fin de la période glaciaire, il y eu une disparition rapide des castors géants, des éléphants, des mastodontes, des chameaux, des mammouths laineux, des tigres à dents de sabre et du bison géant. 50 types au moins de formes appartenant à la grande faune disparurent. Les mêmes extinctions coïncidentes semblent s'être produites en Europe, Afrique, Amérique latine et Océanie.
L'île de Madagascar a connu une invasion humaine plus tardive. Les Indonésiens arrivèrent environ en l'an 20 et il s'ensuivi la disparition des lémuriens géants, des oiseaux éléphants et des hippopotames nains.
Ni la période glaciaire ni les massacres de Madagascar ne semblent aussi terribles toutefois que les boucheries des temps historiques.
Un armement et des moyens de transport plus performants permettent aujourd'hui à l'homme de chasser les loups et les ours polaires en Alaska. Les chasseurs utilisent de petits avions pour repérer, fatiguer et approcher les loups à terre, tandis que les hélicoptères vont repérer les ours polaires sur la banquise. Les animaux sont alors abattus à terre à l'aide de puissants fusils à lunette. Une technique aussi perfectionnée ne laisse aucune chance à l'animal.
Photo : Un tigre